Et toi, ton courage tu l'as mis où ?

Judith Godrèche a délivré un message poignant lors de la Cérémonie des César. La salle l'a acclamée debout. Les journaux s'en sont emparés.

Ce que je retiens de mon côté, c'est le courage de cette femme, le courage face au silence, à la lourdeur, à l'épaisseur de ce silence.

Silence dans la salle… silence ému ? silence gêné ? silence introspectif ?

Et le silence qui a précédé cette prise de paroles ? Celui-ci est assourdissant.

N'importe quelle personne normalement constituée va s'offusquer de la violence, être choquée et peinée par l'injustice, avoir de la compassion pour les victimes.

On se gargarise de notre soutien aux victimes, on s'enflamme dans des discours de haine des bourreaux. Les méchants contre les gentils. Les puissants contre les vulnérables. Il suffit de lire les commentaires sur les réseaux sociaux pour constater que le triangle de Karpman a de beaux jours devant lui. On n'a pas quitté le stade des méchants et gentils de la cour de récré.

Et si possible, nous sommes les gentils, et les autres ... les méchants évidemment !

Mais quel rôle individuellement et collectivement avons-nous joué dans cette histoire et toutes les autres ?

Où étaient les femmes de ces réalisateurs qui assistaient à des scènes déplacées avec des gamines, soupçonnaient ou avaient conscience de la perversité de leur conjoint ? Personne ne mentionne Birkin que l'on vient de célébrer comme une représentation de la liberté, de l'indépendance… Pardon ? Peut-on rembobiner ?

Où étaient ces passagers de bus ou de métro lorsque des jeunes filles sont violées ou agressées sous leurs yeux ?

Où sont les voisins lorsqu'un enfant souffre sous les coups d'un parent violent ? Lorsqu'un enfant de 9 ans est abandonné seul dans un appartement et qu'il faut 2 ans pour que cela soit signalé aux autorités ?

Où sont les collègues lorsqu'un supérieur hiérarchique a des comportements déviants et préjudiciables pour ses équipes ? Et s'il s'agit d'un Associé ?

Où sont les parents lorsque des enfants / adolescents harcèlent l'un des leurs tous les jours à l'école ?

Où étaient mes « camarades » d'Ecole lorsque j'ai moi-même subi la violence psychologique et physique d'un petit copain et qu'on ne m'a pas secourue avant de m'expliquer que « quand même votre histoire était passionnelle et tu étais agressive aussi ».

Cette lâcheté, elle est humaine. Je la ressens à chaque fois que je détourne le regard d'un sans-abri, que je déplore la guerre à l'étranger sans rien changer à mon quotidien confortable, que je m'attriste de l'avenir de la planète au volant de ma voiture.

Oui. Lâcheté et hypocrisie… j'en reconnais ma part. Mais dans quelle proportion ?

Il est temps de nous regarder dans une glace et reconnaître que les bourreaux ne peuvent exister sans complices, que les victimes se réparent dès lors qu'elles sont reconnues, crues, soutenues. Que toute victime devient acteur / actrice de sa vie dès lors qu'il ou elle agit pour améliorer la situation (la sienne et celle des autres). Que nous sommes tous un jour le bourreau de quelqu'un d'autre, voire notre propre bourreau.

Oui, dénoncer, s'opposer, intervenir est un risque à prendre et on a sûrement à perdre pour ne pas oser.

Mais si l'on y regarde de plus près, ce qu'on a à perdre c'est une relation (hypocrite), un emploi (malsain), un soutien (toxique), de l'argent (sale).

Ce que l'on a à gagner est tellement plus grand, plus profond, plus durable et puissant !

Le courage vous ouvre des portes immenses sur la sérénité, la fierté, la dignité.

Je suis admirative de ces hommes et femmes qui meurent pour leurs droits en Iran, ces opposants qui disparaissent les uns après les autres en Russie… toutes ces personnes qui dénoncent la cruauté et l'oppression au péril de leur vie.

Alors, non, je ne fais pas l'apologie des martyrs et pense que le courage peut se manifester de façon moins radicale dans nos vies. Il s'agit d'intervenir face à une scène de violence, ne pas tolérer les comportements et propos déviants, ne pas dissimuler des actes préjudiciables.

Pas de morale ici. Juste un rappel des valeurs qui font de nous des êtres humains.

Ne soyons pas le silence étouffant, le silence mortifère mais la voix qui questionne, qui resonne et guérit.

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