Leçon de l'enfance

Comment mon fils me sauve la "vie"


Les enfants "elixirs de jeunesse" ?

Dans une étude publiée en 2019, il est mentionné que les grand parents qui gardent leurs petit-enfants ont une espérance de vie prolongée et en meilleure santé.

En effet, d'après la "Berlin Aging Study" qui a étudié la vie de 500 volontaires âgés de 70 ans ou plus, les grands-parents qui s'occupent régulièrement de leurs petits-enfants améliorent leurs fonctions cognitives, diminuent les risques de développer la maladie d'Alzheimer, et se préservent du stress et de l'isolement.

Alors certes, 

- le manque de sommeil causé par un enfant en bas âge a laissé des marques de panda indélébiles sous mes yeux qui me rapprochent plus du rôle de Scar que de celui de Simba


- je n'ai pas 70 ans (l'absence de commentaire sera appréciée)

- et je ne prétends pas que les enfants aient tous un brevet de secourisme

Si je choisie le termes "vie" ce n'est pas en opposition à la "mort", mais pour qualifier la beauté de l'existence et ce qui fait qu'elle mérite réellement d'être vécue*. C'est cela que préserve mon fils depuis qu'il est entré dans mon univers. 

Cet article est donc une façon de lui rendre hommage (eh oui, c'est "man fiiiiils" quand même) mais aussi de vous prouver que les enfants sont à la fois des magiciens, thérapeutes et maîtres Yoda.
*
Pensée pour Edouard Baer

La candeur, cette bouffée d'oxygène

Dans un récit de "Une histoire et Oli" qui s'intitule "le secret des parents", Nicolas Mathieu explique pourquoi les adultes "détestent les enfants".

Oui les "grandes personnes" ont oublié qu'elles ont été des enfants et se rassurent en se disant que le bonheur est palpable : voiture, maison, vêtements, cartes de visite et grand millesimes !

Mais dans notre for intérieur, il y a encore ce petit "nous" qui ne demande qu'à être émerveillé, qu'à être amusé, surpris, et aimé.

Mon fils est cette flamme qui maintient mon enfant intérieur en joie. Lorsqu'il me montre un arc en ciel créé par la réverbération du soleil sur un meuble de salle de bain, que l'on fait des bulles de savon, qu'il me fait observer un papillon dans les champs ou que l'on rit en chahutant sur le lit.

C'est toute la notion d'art et de plaisir que les enfants ont compris: voir le beau partout, imaginer et créer. Alors je peux toujours prétexter que "j'organise des activités" ou que "je le fais un peu sortir pour se défouler". En vérité, c'est moi que je sers autant que lui.

Au contact des enfants je vis ma vie d'artiste et d'esthète !

La vulnerabilité, expression de l'humanité

A la naissance de mon fils, je me suis découverte plus vulnérable. Non seulement parce que je découvrais ce que s'inquiéter pour un enfant signifiait mais surtout parce que je me suis soudain sentie plus proche d'autrui, plus sensible à la souffrance des autres (je vous vois venir... c'était hors contexte hormonal!).

Et quand je dis "des autres", j'inclus toute forme de vie. Moi qui faisait des blagues sur le fait de manger du steak de cheval à 13 ans pour traumatiser les passionnés d'équitation, je me suis retrouvée incapable de manger un morceau de veau ou d'agneau pour le reste de mon existence !

En imaginant la souffrance de ces vaches et de ces brebis à qui on enlevait la progéniture ou en m'effrondrant devant "Forest Gump" lorsque sa mère lui explique que c'etait son destin d'être sa maman avant de mourir, j'ai compris ce que voulait dire l'empathie : se mettre à la place de l'autre. 

Cette vulnérabilité nouvelle ou révélée, loin d'être une faiblesse, m'a amenée à appréhender une partie plus douce de ma personnalité, assumer ma féminité et accepter mes émotions.

Et c'est ainsi que je suis passée de "tout savoir et ne faire partie de rien" à "ne rien savoir mais sentir qu'on fait partie d'un tout".

Un enfant c'est une expérience spirituelle, une autre vision de la vie.

L'effet miroir, une meilleure version de soi-même

Parlons peu parlons bien, parlons d'humilité.

Que celui qui a déjà ressenti un sentiment de toute puissance quand un nourrisson de 2 mois pleurant dans ses bras lui fait faire les 100 pas dans tout l'appartement lève la main !?

Et plus tard, lorsqu'ils grandissent et nous imitent, nous forçant à leur interdire des choses que nous faisons nous-mêmes, ces petits miroirs ambulants mettent le doigt sur nos incohérences, nos défauts, nos failles.

Cette remise en question permanente du parent, cette nécessité de répondre à leurs interrogations exprimées par des mots ou d'un simple regard, sont autant d'occasion de gagner en humilité et de devenir une meilleure version de soi.

Blessés de l'égo ou susceptibles s'abstenir ! La vie, la vraie, quand on a appris à embrasser ses défauts comme le revers de nos qualités.

L'imprévisible, accélérateur de développement

Pour en revenir à Forest Gump, nous pourrions adapter la fameuse réplique en disant "- l'enfant- c'est comme une boîte de chocolats. On ne sait jamais sur quoi on va tomber."

Un enfant et la vie avec un enfant est par nature imprévisible. Cela commence à la naissance avec des horaires que seuls eux connaissent et des cris que les parents cherchent vainement à interpréter.

En nous ramenant à des besoins de base (dormir, manger, se laver - parfois- ), ces petites créatures nous rappellent que, non, nous n'avons pas le contrôle de tout et nous forcent à lâcher prise.

Et si lâcher prise et ne pas être dans le contrôle n'a jamais été un souci pour toi, alors ton enfant te permettra de débloquer certaines de tes peurs ou phobies.

A chaque point de développement sa solution (gratuite en plus) :

- Tu es pudique ? Allaites !

- Tu es reservé(e) et n'aimes pas te faire remarquer ? Emmènes le en salle d'attente chez le médecin ou faire des courses !

- Tu es sensible aux odeurs? Change des couches !

- Tu aimes respecter un programme ? Pars en vacances !

- Tu as du mal à être à l'heure ? Va le/la chercher à la crèche ou école !

D'autant plus que nous serions prêts à faire des choses pour eux que nous ne nous autorisions pas pour nous.

Lorsque mon fils a montré des signes de détresse à l'école, exprimant le besoin d'une plus grande présence de ma part, je n'ai pas hésité à demander à partir plus tôt du travail pour aller le chercher à l'école. Un départ à 15h30 trois fois par semaine n'est pas une chose que j'aurais pu imaginer ou considérer avant. Mais dès lors qu'il s'agissait de lui, je n'étais plus du tout soucieuse de l'opinion d'autrui, et ai réussi à m'organiser d'une façon dont je ne me savais pas capable.

Vivre pleinement sa vie en se débarassant des croyances limitantes et en faisant face à la nouveauté.

Voilà quelques façons qu'a mon fils de me sauver la vie!

Il sauve la notion de vie en y mettant plus de couleurs, des valeurs, de la rédemption et du dépassement de soi.

Et pourtant, jamais je ne ferai de lui un bâton de vieillesse ou un "fils à maman". Tout l'amour que je lui porte, la sécurité que je lui apporte, le travail que je fais sur moi pour lui offrir la maman la plus sereine possible, c'est uniquement pour qu'il puisse être assez nourri pour se lancer dans la vie, prendre son indépendance et tracer sa propre route.

Je lui ai donné la vie, il sauve la mienne. Nous nous faisons évoluer mutuellement.

Et lorsqu'il me dit "Maman tu as le hoquet ? Ca veut dire que tu grandis ", je crois qu'il n'a pas tort :-)


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